Arcanum Sanctus

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 Sujet du message: Ce mal qui ne dort jamais
MessageMessage posté...: Jeu 21 Jan 2016 13:41 
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On avait tous des envies, des passions, des peurs, des souvenirs qu’on aimerait oublier. Rares sont ceux qui arrivent à oublier les horreurs que la vie a placé sous leurs yeux.
Il m’arrivait de revoir certains passages déplaisant de ma vie. C’était toujours sous le même format : Un décor plaisant, un souvenir heureux. Tout à coup il s’enflamme, la paix fait place au chaos, la mort, le sang et l’odeur de la cendre du champ de bataille.
Orunaï était un petit village côtier de Shattrath, paisible, isolé, indépendant et convivial. Na’raam et moi avions décidé de nous y installer pour y vivre avec Hanaam, il avait tout juste eu six ans la semaine passée et faisait déjà la fierté de ses deux parents. Le village était calme, chacun vaquait à ses occupations. C’était une semaine assez éprouvante, beaucoup craignaient la machine de guerre Orque. La chute de Karabor, Telmor, Turrem et Farahlon était certifiée, Shattrath serait la prochaine et Orunaï ne serait pas épargnée. Beaucoup étaient déjà partis se réfugier derrière les remparts de la cité, d’autres avaient fuit dans les montagnes. Nous avions prévu d’aller nous aussi au berceau de lumière, nos affaires étaient paquetées, le strict nécessaire, pas plus. J’avais mon épée près de moi et mon armure habituellement taillée pour la guerre se résumait à un plastron simple, des jambières et un semblant de « bottes ».

Na’raam était parti le matin, comme tous les jours, avec ses camarades vindicators en direction de Shattrath, escortant des réfugiés qui s’accumulaient dangereusement dans la cité. Nos chances pour tenir un siège étaient misérables et notre perte serait la destruction de l’espèce, nous en étions conscients. La légion aurait eu ce qu’elle voulait depuis des millénaires, enfin.
J’étais restée a la maison avec Hanaam, nous attendions notre tour comme beaucoup d’autres, la paranoïa faisait que personne n’osait s’aventurer sur les routes par peur d’une embuscade et cette crainte était malheureusement justifiée, la terreur régnait depuis longtemps dans nos cœurs. Depuis que les orcs autrefois pacifiques avaient commencé a génocider le peuple Draeneï. La troupe de vindicators servant à escorter les civils étaient en route pour les dernières caravanes d’évacuation et nous faisons parti des derniers à partir, les plus âgés et les plus fragiles passaient en priorité après tout.
Il était relativement tard dans la mâtiné et plus midi approchait, plus la peur était palpable. Il n’y avait ici que des civils et j’ai bien peur qu’en dehors de deux ou trois adolescents téméraires et peut être des habitués de la chasse, personne ici ne maniait l’arme a un niveau correct a part moi. Nous nous étions rassemblés, prêts à partir. Les vindicators seraient là d’une minute à l’autre et nous serions en sécurité derrière les murs de Shattrath dans une petite heure tout au plus.
Sauf qu’en réalité, il était déjà trop tard.

Tout craqua très rapidement, des bruits sourds se firent entendre aux abords d’Orunaï, ils arrivaient, mais ce n’était pas ceux que nous attendions avec tant de hâte. Les orcs étaient là, et ils nous fonçaient dessus. Nous fûmes huit a prendre le réflexe d’attraper nos armes, qu’elles soient de fortune ou non, le reste des civils étaient trop terrorisés pour se dresser face a la horde monstrueuse qui fonçait sur nous. Ils arrivèrent si vite que le premier réflexe des civils non-armés fut de rentrer chez eux et de tenter vainement de s’y barricader avec leur famille. Malgré cela, nous étions déjà une poignée à tomber sous les coups de ces brutes sanguinaires. J’avais organisé comme je le pouvais une ligne de défense pour permettre au minimum de faire évacuer les enfants vers le bord de la mer de Zangar, mais c’était peine perdus, ils n’avaient aucune pitié, hommes, femmes et enfants, nous étions des talbuks dans un abattoir. Très vite, nous n’étions plus que quatre défenseurs sur les huit initiaux face à un groupe armé d’une vingtaine d’orcs et de deux garde-courroux. Hanaam était caché avec les autres, je le savais en sécurité et sachant cela, je pouvais me concentrer sur le combat dans lequel j’étais empêtrée pendant que je priais intérieurement de voir les vindicators arriver dans le dos de nos assaillants.

Les orcs mettaient le feu à nos maisons, obligeant ainsi les civils à sortir, je ne pouvais empêcher ce carnage, contrainte d’entendre mes voisins et amis se faire charcuter malgré leurs supplications et la terreur qui résonnait dans leur voix. Plus le temps passait plus j’avais la sensation de devenir folle, de perdre la discipline au combat que j’avais sur le moment. Je répondais aux orcs de la même manière qu’eux, je frappais pour assoir ma domination, montrer ma force et prier pour que ça les fasse réfléchir a deux fois avant de m’attaquer, ce qui globalement réussissait, ils ne venaient plus par deux, mais par cinq au fil du temps. Progressivement, j’étais encerclée, la dernière debout, la seule qui n’ait pas lâché les armes et rendu l’âme. Encerclée et immobile, toujours sur mes appuis mais exténuée, j’entendais le cri des enfants derrière moi dont un tout particulièrement, qui me glaça le sang.


- Maman ! Mamannnn ! Hurlait la petite voix paniquée dans mon dos.

Mon sang ne fit qu’un tour, la voix de mon propre fils fut la seule chose qu’il fallu aux orcs pour m’abattre. A peine m’étais-je retournée pour voir ce garde-courroux avec mon fils dans une main que je recevais une froide morsure dans les côtes, une simple dague… Sérieusement ?
Non, il n’y eut pas que celle là, elle fut suivi d’une espèce de surin cranté qui s’enfonça dans mon bas ventre, suivi d’une autre lame, plus large, dans l’épaule. Le seul geste que je pus entreprendre fut de retourner ma lame et de l’enfoncer dans le crâne de l’orc en face de moi, lui enfonçant jusqu'à la garde, à la verticale, dans un craquement presque aussi hideux que lui. Je ne souffrais même pas de mes plaies, j’étais simplement déchirée entre une rage infinie et la terreur la plus parfaite. Impossible de bouger, mon corps cédait malgré ma volonté et me lâchait, j’étais en train de tomber, j’étais d’ailleurs déjà au sol je crois, constatant que mon propre sang avait coulé le long de mon bras et avait déjà commencé à s’étaler sur le sol. Mon regard était figé vers ce garde-courroux et mon fils, le bras tendu vers moi. Il pleurait, il était terrorisé lui aussi. Ma tête finissait elle aussi par me faire défaut, j’avais sommeil, terriblement sommeil. Ma vue me lâchait progressivement, et je sentais le froid de la mort m’envelopper a mon tour, comme la quasi-totalité des adultes qui étaient présents et une majeure partie des enfants.

Mes pensées devenaient aussi floues que ma vue qui s’éteignait progressivement, j’étais en train de mourir au milieu de ce qui fut pendant des années mon foyer, et mes seules pensées à peu près claires allaient vers ma famille, celle que je ne reverrai plus.
La douleur n’était toujours pas là, je ne voyais plus rien, mes yeux refusaient de suivre et ma respiration était si faible que je savais déjà que j’étais foutue, je le réalisais et refusait pour autant de lâcher. Mais dans mon état, incapable de bouger et trop mal en point pour essayer quoi que ce soit, même le simple fait de penser était douloureux. Il était temps que j’abandonne ce combat.

Pourquoi la Lumière ne nous a pas protégés ?



---


Je me réveillais en sursaut, une nouvelle fois en sueur, incapable de dire si j’avais hurlé ou non quelque chose que le moment. J’avais les mains tremblantes, ma vue voilée par l’obscurité de la pièce et les larmes arrachées par le sommeil mouvementé m’empêchait de dire si la sensation de douleur que j’éprouvais sur les parties de mon corps étaient aussi sales que dans les dernières images que j’avais en tête. Ce n’est que le cliquetis se faisant entendre derrière la porte qui me rappelait a la réalité, accompagné d’une vague lueur sous le pied de la porte.

- Exécutrice ? Tout va bien ? On vous a entendu dire quelque chose… Fit simplement la voix au travers de la porte de mes appartements.

Ca me revenait, je saisissais l’endroit où j’étais, dans la caserne, à Ombrelune, au beau milieu de la garnison. Il me fallut deux-trois grandes bouffées d’air avant de pouvoir répondre sur un ton presque « normal ».

- Tout va bien… C’était juste un mauvais rêve.


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 Sujet du message: Re: Ce mal qui ne dort jamais
MessageMessage posté...: Sam 23 Jan 2016 18:12 
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Officier Scriptorium
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J’ouvrais les yeux, le corps endolori, l’esprit encore embrumé par les derniers souvenirs que j’avais en tête. Le décor m’était familier mais je n’arrivais pas à me resituer. Je finis par distinguer un visage penché au dessus de moi, un visage familier. Un visage que je ne pensais pas revoir de sitôt, jamais pour ainsi dire.

Na’raam.

Je ne saurai dire ce qui me perturbais le plus sur le moment, le revoir, ne pas le voir sourire comme a son habitude, ou le voir les larmes aux yeux. Peut être tout à la fois, c’était si différent de ce qu’il m’avait habitué pendant toutes ces années…
Malgré le mal qui semblait le ronger, son premier réflexe est de me prendre dans ses bras en murmurant. Je l’entends remercier les Naarus de pouvoir me revoir, je finis tristement par comprendre que j’avais simplement survécu a l’assaut sur Orunaï.
Simplement, oui, c’était le mot. Plus les minutes passaient sans qu’un mot ne s’échange, plus je me remémorais la scène, tous ces morts, les enlèvements… Hanaam…
Et plus j’y pensais, plus j’avais l’impression qu’on m’enfonçait quelque chose dans la poitrine, a défaut de m’arracher un quelconque bruit de douleur ou une supplication, cela avait le don de m’arracher des larmes. C’était assez rare à l’époque pour être notable, en trois millénaires, je n’avais jamais vraiment été du genre à pleurer, endurcie par de sévères années d’entrainement auprès de mon père. Des années à me prendre la tête avec lui, sur le fait que je ne voulais pas devenir paladin, sur le fait que je voulais choisir le propre voie. Pour au final céder sur un point : J’étais devenue guerrière, je m’étais battue contre des immondices que les trois quarts d’Azeroth n’aurait peut être jamais -et heureusement pour eux- la chance de voir un jour. Mais perdre son fils, c’était quelque chose auquel je n’étais pas préparée.

Pire encore, je savais clairement qu’il n’avais pas été tué, c’est peut être ce qui me faisait le plus mal, la peur de le voir corrompu et souillé par la Légion, être obligée de me battre contre lui un jour pour protéger les miens. C’était une chose à laquelle aucun parent n’est vraiment préparé pour être honnête. Na’raam, fier redresseur de torts qu’il était et presque aussi fervent que ne l’est mon père, n’était lui-même pas préparé a ce genre de choses.
Je comprenais enfin pourquoi il pleurait lui aussi, il m’avait fallu sept longues minutes de silence et d’introspection pour réaliser que lui aussi avait perdu son fils. Tout comme il aurait pu y perdre sa femme. Par chance, ou malchance, j’étais toujours là, brisée aussi bien physiquement que mentalement, animée par une misérable étincelle de vie chancelante que les Anachorètes essayaient de raviver, au même titre que les quatre autres survivants qui étaient avec moi, a l’hôpital de Shattrath.

Malgré mon état, j’arrivais à mouvoir un bras pour essayer de lui faire comprendre que j’étais encore là, le posant mollement sur son bras, attirant par la même occasion son regard dans lequel je pouvais lire la même détresse que le mien ne devait en laisser transparaître. Sur le moment, nous devions probablement chercher en vain le réconfort dans le regard l’un de l’autre.
Finalement ce fut l’arrivé d’Ashya qui remplit ce rôle. Ma jumelle, l’autre moi, celui qui souriait envers et contre tout. Même quand la situation était désespérée. Même si son faciès montrait clairement qu’elle ne faisait que façade pour essayer de nous remonter le moral, elle avait ce don d’adoucir la douleur des gens par sa douceur. La fatigue tirait un peu ses traits, la jeune anachorète qu’elle était n’était surement pas habituée a faire face a autant de malheurs en une seule fois. Toute la famille était au courant du malheur qui nous frappait, Na’raam et moi, et tous finissaient par venir au compte-goutte pour essayer de nous remonter le moral. Ce ne fut pas simple, surtout pour mon époux. Sa foi avait été lourdement ébranlée par tout ce qui arrivait au peuple Draeneï en peu de temps. La mienne perdurait péniblement au travers de la haine que je nourrissais un peu plus chaque jour envers les orcs. Plus les jours ne passaient, plus la simple idée de retourner me battre par vengeance était présente. A tel point qu’il fut nécessaire a Na’raam de me maintenir dans mon lit pour m’empêcher de me lever. Il comprenait que ma détresse se mue en haine viscérale, il était probablement dans le même cas, mais ses enseignements lui permettaient de garder la tête froide, chose que je n’avais jamais su faire correctement.

Lorsque finalement, je fus autorisée à sortir, j’apprenais les dernières nouvelles : Shattrath était encerclée, les orcs s’étaient rassemblés en masse aux abords de la ville et nous serions les prochains. C’était une question de jours maintenant avant que le berceau de lumière ne soit assiégé.
Dans mon état physique, je mieux que je pouvais faire était de reprendre la formation de quelques jeunes soldats, des volontaires qui se feraient très probablement massacrer comme une grande partie de la défense et des civils lors de l’attaque, malheureusement nous savions déjà qu’il ne serait pas possible de sauver tout le monde. Je m’attelais alors a leur inculquer quelques trucs, si avec de la chance cela pouvait les aider à s’en sortir, ce serait déjà pas mal, même si je n’y croyais pas moi-même.
Reprendre le rôle d’instructrice me permettait par la même occasion de retrouver un semblant d’équilibre entre ma rage et ma peur mais aussi de laisser mon corps se remettre du traumatisme, je serais opérationnelle pour la bataille, c’était certain maintenant. Le regard des autres était relativement complexe, ils alliaient tous une forme de pitié et d’admiration envers les survivants d’Orunaï qui reprenaient les armes, tout comme nous le faisons avec ceux de Telmor et de Turrem. Le surlendemain, j’étais finalement de nouveau en armure, portant sur moi mon épée a deux mains et mon bouclier, une épée longue a la ceinture et une haine canalisée qui me rongeait encore maladivement l’esprit. Si ça ne tenais qu’a moi, je serais déjà partie en vendetta suicidaire dehors, jusqu'à trouver la mort comme une parfaite abrutie. C’était la survie de mon peuple qui me maintenait à ma place, sur les remparts de la ville basse, ce jour là.

Je me souviendrais toujours de cette journée. Il pleuvait.

La défense était massive, organisée aux points stratégiques de la cité. J’étais au pied du rempart de Ville basse, en première ligne, littéralement. A mes côtés se tenaient Na’raam et mon père, les deux gardant distraitement un œil sur moi au passage, je n’étais pas dupe et eux non plus, ils connaissaient tous les deux mon caractère impulsif et mon envie de me venger, à vrai dire tous le savaient dans le rang, certains partageaient mon sentiment, notamment les survivants de Turrem qui étaient présents sur ma gauche.

En y repensant, la scène était comique, mari et femme sur le rempart à attendre une mort certaine pour permettre l’évacuation des civils. C’était a la fois comique et tragique au possible, nous y resterions probablement tous les deux, mais qu’arriverait-il a l’un si l’autre devait périr et non lui ? Sur le moment, on ne s’est pas vraiment posé la question et on en avait pas spécialement l’occasion, ils arrivaient.
Ce fut d’ailleurs terriblement rapide. Les armes de sièges étaient avancées et il ne fut pas très compliqué aux orcs de percer la muraille extérieure non loin de notre position. Ils influaient déjà en masse dans la partie inférieure de la ville ; inutile d’être présente pour imaginer la boucherie que ça devait être là bas. Je prenais simplement sur moi pour ne pas foncer sur place arme à la main.

Il ne fallut pas plus de temps pour que notre côté de la muraille soit enfoncé. La deuxième brèche était plus petite que la première mais suffisante pour laisser glisser les orcs trois par trois. L’avantage du trois par trois, c’est qu’ils étaient facile a réguler, nous n’avions pas particulièrement de problèmes à gérer, jusqu’au moment ou un berserker dopé se décida à passer également, fauchant la ligne d’un simple revers de la main. Na’raam et moi furent séparés du groupe de mon père a cet instant, l’un sur la gauche, nous sur la droite. Abattre le berserker se fit grâce aux efforts conjugués des troupes, mais a raison d’un pour quatre, c’était tout sauf propre. C’était compensé par le fait que les vétérans et les plus habiles dont je faisais partie géraient allègrement les orcs par groupes de deux voir trois. Le problème venait de la masse interminable qui émergeait par les failles de la muraille, il fut finalement ordonné la retraite vers le cercle supérieur. Lancée dans ma frénésie, je commençais à empiler les cadavres à mes pieds, ayant lâché mon épée à deux mains pour ma prédilection. Ce fut Na’raam qui me rappela a la raison.


- Aïsta, te venger et te faire tuer ne ramènera pas notre fils ! Avait-il dit en me tirant en arrière contre mon gré.

Il avait un don pour ça aussi, le don de me canaliser avec une aisance surnaturelle. Il savait comment me parler et comment attirer mon attention. Pour le coup, il me sauvait sans doute d’une mort certaine. Je me repliais plus ou moins contre mon gré jusqu’au niveau supérieur pile au moment ou une espèce de fumée rougeâtre commençait à envahir les rangs inférieurs. Nul ne savait ce que c’était, mais cette arme, quelle qu’elle soit, ravageait nos rangs avec une efficacité effrayante. Les plus résistants étaient pris de vomissements et achevés par les orcs sur place, qui semblaient immunisés à cette horreur.
Nous retrouvâmes les troupes près du dôme, plusieurs groupes n’avaient pas eu le temps de remonter, celui de mon père n’était a priori pas revenu, ce qui ne fit qu’augmenter mon envie de rentrer dans le tas, malgré la présence apaisante de Na’raam a mes côtés et la main qu’il gardait dorénavant sur mon épaule, comme pour me signifier qu’il était a mes côtés. On avait à peine le temps de reprendre notre souffle, la fumée rougeâtre trouvait son chemin dans les escaliers et les orcs n’allaient pas gentiment attendre en bas, ils arrivaient en enfonçant les barricades avec une facilité déconcertante. Notre commandant nous ordonna, a Na’raam et moi ainsi qu’une poignée d’autres duos d’aller aider a l’évacuation des civils. Nous foncions alors vers le quartier résidentiel le plus rapidement possible, l’agitation était des plus totale, les civils ne tenaient plus en place et le plus compliqué était de garder l’ordre à peu près correctement en aidant les garde-paix déjà sur place.

Avec un peu de bonne volonté nous avions finalement réussi à commencer une évacuation « presque » propre a l’aide des tunnels d’évacuations, je gardais avec quelques autres la voie d’accès au quartier avec le gros du groupe, tenant la position alors qu’on pouvait entendre les bruits de combat de l’autre côté ainsi que les hurlements d’effroi des quelques civils pris au piège. Il n’était pas difficile de comprendre que certains se faisaient torturer, les cris étaient longs et déchirants. Parmi le groupe, je reconnaissais quelques un de mes élèves, des bonnes âmes volontaires que j’avais entrainé pour certains il y a quelques dizaines d’années déjà. Beaucoup étaient devenus vindicators ou garde-paix depuis. J’aurai voulu les revoir dans d’autres circonstances qu’un siège, mais c’était probablement la dernière fois que je les verrai. Les quelques propos que nous échangions étaient surtout là pour garder un moral stable. L’effet de groupe était salvateur pour beaucoup, on se sentait plus forts, épaulés. C’est lorsque le premier groupe orc arriva que nos nerfs furent mis a l’épreuve, sur la dizaine de défenseurs, nous n’étions déjà plus que huit après le premier groupe, sans compter les deux-trois blessés légers. Le deuxième groupe fut encore plus brutal, nous n’étions plus que cinq après son arrêt. Par chance, le troisième groupe n’était pas encore arrivé que notre retrait venait d’être annoncé, il fallait qu’on évacue aussi pour protéger les civils en dehors de la ville, j’ordonnais aux moins expérimentés de se retirer en premier alors que je n’étais pas leur supérieure mais ils ne bronchaient pas, de réputation, d’expérience ou par respect de l’âge, ils me laissaient commander le groupe. Les quelques blessés furent ensuite emmenés alors que le troisième groupe d’orcs arrivait sur nous. Nous étions tous les trois, les trois n’ayant pas eu le temps de replier proprement, que nous n’avions aucune chance. Nous étions alors obligés de jouer avec le terrain pour semer les troupes orques au travers des résidences, le plan d’évacuation ne devait pas être découvert.

Le soutien apporté par les deux rangaris restés sensiblement en retrait permit de réduire l’effectif du troisième groupe de quinze a sept, mais arrivé a un moment, nous n’avions plus le choix, il fallait nous aussi évacuer. Je regroupais mon escouade formée et structurée a l’arrache sur le terrain pour leur dispenser mes instructions.


- Mahuun et Jovluun, vous vous repliez jusqu'à l’entrée du tunnel et vous vous préparez à allumer tout ce qui ne ressemble pas à l’un des nôtres. Kelara, Kelnaar, vous les rejoindrez en passant par ces rues, je m’occupe de les attirer vers l’autre côté pour vous ouvrir le chemin.
- Je viens avec vous, vous allez vous faire tuer toute seule ! Rétorqua Kelnaar aussi sec.
- Je vais utiliser le pâté de maisons pour les semer je vous rejoins juste après. Si on s’y déplace à deux ils auront le temps de nous suivre a cause de la largeur des ruelles.
- Mais…
- Kelnaar, fait ce que je te dis, on a des gens à protéger, c’est notre devoir. Le coupais-je assez sèchement.

Kelnaar était un peu comme moi au niveau du caractère mais il savait respecter ses ainés et surtout celle qui lui avait appris à manier l’épée. Le jeune avait à peine deux siècles et au fond de moi, je lui mentais pour le préserver du fait que s’il venait avec moi, il avait plus de chances d’y passer que moi.
Aucun autre ne discuta le plan, le but maintenant était d’éloigner les troupes ennemies du point d’extraction. Mahuun et Jovluun étaient rapidement en place, Kelara et Kelnaar commençaient à bouger a leur tour, moi, de l’autre côté, venait de faire mon cirque pour me faire poursuivre a la place des autres. Je courrais bien plus vite qu’un orc, un avantage que je mettais pour la première fois à contribution pour les semer plutôt que pour les poursuivre.
Il n’y avait qu’un problème a tout ça, les orcs arrivaient quand même à ne pas se laisser avoir par mon cinéma. Ils me suivaient, lentement mais il m’était impossible de les semer avec de simples ruelles. Je me débrouillais alors pour faire suffisamment de détours pour laisser le temps nécessaire aux plus jeunes. C’est en bifurquant soudainement que je réalisais mon erreur, un autre berserker venait d’arriver et il était déjà beaucoup plus rapide que ses petits copains. Il ne me restait plus qu’à piquer un sprint jusqu'à l’entrée, en priant pour que les deux rangaris parviennent à le ralentir.
J’arrivais après quatre cent mètres de course poursuite finalement en vue des autres, la volée de projectiles ne sembla pas affecter la course du mastodonte et le manque de souffle commençait à me ralentir. Mais je parvins tout de même à atteindre le point de rendez-vous. Na’raam nous y attendais avec le reste des troupes et les rescapés du secteur. Tous étaient terrorisés et certains n’osaient même plus bouger, paralysés littéralement par la peur de mourir. Les rassurer était compliqué d’autant que le problème de nos poursuivants n’était pas résolu. Le berserker commençait à ravager tout ce qui lui passait a porté de main pas loin de l’entrée du tunnel, les premiers orcs s’engouffraient dans ce dernier après avoir farfouillé quelques minutes dehors sans comprendre où nous étions passés.

Nous étions obligés de faire s’effondrer le tunnel derrière nous. Personne ne devait savoir que des réfugiés auraient éventuellement pu survivre. Les quelques artificiers présents avaient de quoi fabriquer un genre d’amorce, mais il leur fallait du temps pour bricoler, compte tenu du niveau de stress auquel ils étaient soumis. Kelnaar insista immédiatement pour y retourner et défendre l’entrée pour gagner du temps, Na’raam le lui refusa bien évidemment. Il ne voulait pas non plus que j’y aille mais pour une fois, je ne me plierai pas à ses exigences. Sans même lui demander son avis, ni même en laissant place a quelconque forme de négociation, je ressortais pour faire face, suivie par Mahuun et Kelnaar qui avait jugé bon de n’en faire qu’a sa tête lui aussi. A nous trois, nous avons réussi à tenir dans la largeur du passage pour empêcher les orcs de passer, mieux encore, nous les avions repoussés jusqu'à l’extérieur, l’endroit ne jouant pas a leur avantage sur le moment. En dehors, le mastodonte était toujours à ravager les habitations pour essayer de trouver quelque chose, probablement des civils à massacrer avec ses énormes mains déformées par les mutations du sang démoniaque.
Ils nous avaient déjà repéré, nous n’avions plus le choix, il fallait l’abattre pour éviter qu’il ne parle. Mahuun tirait avec une précision hors du commun, la première flèche touché l’œil du mastodonte qui se ruait sur Kelnaar et moi, ayant facilement esquivé la course chaotique du monstre pour frapper ses jambes et le mettre au sol. Kelnaar fut alors pris d’un mouvement impulsif et tenta le coup de grâce mais le berserker, plus rapide et plus fort, se releva déjà, faisant tomber le jeune par terre sans arriver à lui porter un coup fatal ceci dit. L’imprudence de Kelnaar m’ouvrit en revanche une fenêtre d’opportunité, exploitant ma taille et une position un peu plus haute, je pris un peu d’élan pour m’appuyer sur une pile de débris, arrivant assez haut pour porter un coup sec au niveau de la mâchoire du monstre. Ce dernier tituba un peu, commençant à lancer des coups dans tous les sens. J’ordonnais a Mahuun d’aller prévenir les autres de partir sans nous, que nous retrouverions un chemin pour les rejoindre quand plus personne ne sera dans les parages. Ce dernier ne jugea pas utile de lancer un dialogue inutile en plein milieu d’un champ de bataille, il parut cependant peu convaincu mais s’en alla prévenir les autres dans le tunnel.

Kelnaar et moi ne mirent pas longtemps a entendre la détonation et les débris tomber en grand nombre, Kelnaar et moi étions seuls contre ce berserker, encore abasourdi par le coup qui le faisait sans doute souffrir. Mon ancien apprenti et moi-même avions un travail à terminer et une cachette à trouver, maintenant.
Kelnaar ouvrit les hostilités une nouvelle fois, se glissant avec rapidité à gauche tandis que je prenais le monstre de front en le provoquant ostensiblement. Ainsi concentré sur moi pour diverses raisons autres que le coup d’épée qu’il avait pris en pleine tête, je jouais sur mon esquive pour rester en vie, sachant pertinemment que le moindre coup me tuera d’une façon ou d’une autre. En travaillant ainsi de concert, Kelnaar arriva finalement à mettre le béhémoth a genou devant moi en lui sectionnant l’arrière de la cheville et du genou, j’en profitais alors pour lui décrocher un deuxième coup pour l’égorger sèchement, son sang se répandant au sol en une flaque avant qu’il ne s’effondre dedans, définitivement mort cette fois.
Kelnaar avec un sourire victorieux sur le visage et c’est en croisant mon regard qu’il comprit que non, ce n’était pas une victoire que nous venions d’acquérir ce soir. Depuis le début de la bataille, la pluie avait cessé mais pas les cris des citoyens et défenseurs de Shattrath a l’agonie, qui servaient désormais de jouet a ces monstres assoiffés de sang.


- Viens Kelnaar, il faut qu’on trouve une cachette rapidement.
- Où est-ce qu’on peut se cacher ? Ils sont partout !
- Dans les ruines de la maison, là bas, peut être. Cachons nous sous les décombres. Donne-moi un coup de main.

Nous approchâmes des ruines de la dite maison, il n’en restait que les fondations, la coupole formant le toit était encore à peu près intacte, suffisamment grand pour dissimuler des gens. Nous ne cherchions pas plus loin, l’angle formé par le morceau de toit nous permettait de nous cacher derrière, les quelques débris que nous pourrions assembler rapidement servirait de porte de fortune pour dissimuler notre point d’entrée. Je me glissais en première dans notre cache de fortune -Kelnaar avait insisté lourdement - pour y découvrir un spectacle étonnant… Et horrible à la fois. Il y avait un survivant, un enfant. Un enfant seul, abandonné dans ce qui était peut être la maison de ses parents. Il n’avait pas loin de huit ans, peut être neuf. Recroquevillé sous le débris, le regard tourné vers moi, terrorisé, pleurant, perdu… J’avais mal juste en le regardant, bien plus mal qu’en cumulant la douleur de mes membres après ces longues heures de combat et de course.

Kelnaar m’avait vu m’immobiliser mais ne demanda pas pourquoi, il m’entendit simplement parler, peut être avait-il compris ce qui se tramait, il n’en eu le cœur net qu’en venant se cacher aussi.
Maladroitement, j’approchais de l’enfant, la main tendue et l’air réconfortant, essayant de le mettre en confiance et lui faire comprendre que nous allions le protéger. Son réflexe le plus naturel fut de me fixer longuement, jusqu’au moment ou il semblait constater que j’étais bel et bien une Draeneï et pas un orc qui allait lui faire du mal, il se mit à pleurer silencieusement, pas un bruit ne sortait de sa bouche.

Il était muet.

Je ne saurai dire si c’est un réflexe maternel qui me poussa alors à le prendre dans mes bras pour le serrer contre moi, essayer de le réconforter comme sa mère l’aurait probablement fait. Je ne savais pas si elle avait survécu ou non, peut être serait-il un orphelin de plus suite a cette boucherie sans nom. Pour l’heure, l’enfant restait avec nous deux, pleurant toutes les larmes de son corps, Kelnaar me laissait essayer de le réconforter avec quelques mots.


- N’aie pas peur, c’est fini, nous allons te protéger maintenant. Nous sommes Redresseurs de tort.

Il tremblait toujours, mais plus il passait de temps a mon contact, moins il me donnait l’impression de trembler. J’avais a priori réussi à le consoler un peu sur le moment. Kelnaar gardait un œil sur l’extérieur depuis la porte improvisée de notre cachette, la nuit n’était pas finie, elle serait même encore longue.
Après une poignée de minutes, l’enfant ne voulait plus me lâcher, ce qui amusa Kelnaar, ce dernier chuchota une petite boutade maladroite pour essayer de détendre l’atmosphère, mais cet enfant était à peine plus jeune qu’Hanaam et j’avais l’esprit ailleurs. Ce dernier s’était endormi assez rapidement d’ailleurs, probablement exténué par tout ce beau bordel. Je ne devais pas être un oreiller si inconfortable pour un enfant apeuré, malgré mon armure passablement tâchée de sang.


- Reposez-vous Aïsta, je prends le premier tour de veille. D’autant que le petit a bien besoin de quelqu’un pour lui remonter le moral. Lâcha simplement Kelnaar dans un murmure.
- Réveille moi dans quelques heures alors, tu vas avoir besoin de dormir toi aussi, demain on va devoir trouver une sortie et mettre cet enfant en sécurité. Répondis-je simplement, la voix à moitié éteinte.

Kelnaar hocha simplement la tête sans rien dire de plus, je pouvais deviner qu’il comptait me laisser dormir plus que ça, c’est vrai que j’avais une sale mine, j’étais vidée de toutes forces après tout ça. Il aurait pu me tenir tête sur le moment que je n’aurai même pas eu la force de le remettre à sa place. Mais Kelnaar n’avait jamais essayé de me tenir tête, au fond de lui peut être savait il que je lui aurais remis dans la gueule un jour, tôt ou tard…
Je fermais les yeux après un moment, plus contre ma volonté qu’autre chose, mon corps avait aussi ses moments de caprices… Comme quoi, je devais être comme ça de A à Z.
Ce fut probablement le sommeil le plus court et le moins réparateur que j’eus jamais eu.


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Archiviste du Scriptorium, Officier scientifique d'Arcanum Sanctus
Exarque de la Main d'Argus.
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